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Images du handicap contre les discriminations

LA PHILOSOPHIE DU SOIN. Éthique, médecine et société.

Sous la direction de Lazare Benaroyo, Céline Lefève, Jean-Christophe Mino, Frédéric Worms

PUF 2010


Cet ouvrage collectif se propose « de décrire et d’interroger le soin sous tous ses aspects et à partir de disciplines différentes dans les champs de la médecine, de la philosophie et des sciences sociales ».

Avec des angles diversifiés, philosophes, médecins, sociologues, psychanalystes et spécialistes de santé publique éclairent les questions très contemporaines de la santé et du soin. Qu’est-ce que prendre soin ? Quels types de relations se nouent entre malade et soignant ? Qu’entend-on par humanité ? Comment comprendre l’évolution contemporaine des politiques de santé publique ? Autant de questions que les auteurs, faute de leur apporter des réponses définitives, s’emploient à explorer avec acuité.

On trouvera notamment dans cet ouvrage très interdisciplinaire un remarquable article de synthèse sur l’éthique et la politique du « care », courant de pensée nord américain trop souvent caricaturé dans les débats français (Fabienne Brugère, L’éthique du care : entre sollicitude et soin, dispositions et pratiques) ; plusieurs réflexions philosophiques mais concrètes sur l’éthique (Simone Korff-Sausse, Jean-Philippe Cobbaut, Catherine Dekeuwer) ; des contributions, enfin, centrant la réflexion sur la dimension sociale et politique de l’homme malade. Ainsi, le dernier texte du livre (Guillaume Le Blanc, L’expérience vécue de la maladie) s’organise autour d’une distinction très fine entre le « malade », celui qui fait l’épreuve subjective de la maladie comme étrangeté à soi-même ; le « patient » qui inscrit le malade dans une relation (thérapeutique) qui objective son statut ; et enfin l’« usager » de la santé, véritable « personnage politique », derrière lequel se profile de plus en plus le « client ».

À l’heure où la médecine menace d’être envahie par la technique et où à la santé est en risque de devenir une activité de production de soins comparable à n’importe quelle autre industrie, la lecture d’un tel livre, issu d’un colloque du Centre Georges Canguilhem et hanté par la pensée de ce grand médecin philosophe, est non seulement enrichissante mais utile, à tous, qu’ils soient acteurs ou citoyens, actuels ou potentiels, de la cité sanitaire.