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Images du handicap contre les discriminations

Carte blanche à Jacques Grison On ne connaît jamais un être, mais on cesse parfois de sentir qu’on l’ignore. (André Malraux)

On ne connaît jamais un être, mais on cesse parfois de sentir qu’on l’ignore.
(André Malraux)

La différence est le concept le plus fondamental, qui rend compte de l’autre.
(André Comte-Sponville)

Prendre une photo, c’est s’associer à la condition mortelle, vulnérable, instable d’un autre être.
(Susan Sontag)

La Fondation Clair Bois, crée il y a 25 ans, gère trois établissements destinés à l’accueil et à la prise en charge d’enfants, adolescents et adultes polyhandicapés.

Elle propose, selon la spécificité de chaque établissement, internat, externat, appartements, les soins médicaux, infirmiers et de physiothérapie, ainsi que des accompagnements éducatifs, scolaires, toutes les activités ludiques possibles et des contacts permanents avec l’extérieur. Cette Fondation privée est subventionnée tant par le Canton de Genève que par la Confédération Helvétique. Situés à Petit-Lancy, Chambésy et Pinchat, dans l’agglomération de Genève, les trois établissements sont coordonnés par une direction générale.

Lorsqu’on croise des enfants ou adolescents aussi touchés par les handicaps, moins de 5% communiquent par la parole, beaucoup ont un comportement déroutant ou incompréhensible, voire inquiétant. On se laisse à penser que toute relation est impossible. Or, si l’on s’arrête, de ces visages parfois déformés, agités ou figés surgissent des regards et de ces regards, tous les échanges que permet la vie. J’ai souhaité tout simplement m’arrêter, et avec un appareil photo, immobiliser, comme pour prolonger ces instants magiques de la rencontre.

Au coté de ces jeunes, des personnes exceptionnelles stimulent ces étincelles de vie, les accompagnent au quotidien, dispensant les gestes nobles comme les plus ingrats, les soins, stimulations, attentions et la tendresse avec un professionnalisme et un engagement rares.

Ce sont ces signes de vie que j’ai tenté de photographier.

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Jacques Grison

Jacques Grison : photographier comme on donne

Grison

Sa générosité naturelle, son intérêt aigu et sans réserve pour autrui ont quelque peu retardé l’évidence de sa vocation de photographe.

Né à Verdun en 1958, après des études scientifiques et un passage au conservatoire d’Art Dramatique de Nancy qui lui laissera un goût prononcé pour le jeu, il devient   surveillant d’internat dans un lycée de Saint-Dié puis éducateur spécialisé à l’hôpital psychiatrique de Maxéville.

En 1981, un hasard bienveillant lui permet de découvrir sa passion pour l’image. Il entre d’abord à l’agence Médiphot et collabore ensuite au service photographique de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Il s’affirme vite comme photographe spécialiste du domaine de la santé et crée en 1985 l’Agence photographique d’illustration santé Goivaux qui deviendra, en 1992, le département santé de l’agence Rapho.

C’est alors, lui semble-t-il, que tout a commencé.

Lui qui accumulait les images d’illustration se trouve confronté à la photographie de reportage. Il se reconnaît tout à fait dans cette vie-là qui lui permet d’aller à la rencontre des autres, de pousser toutes les portes, et d’établir cette indispensable relation de confiance sans laquelle il manque une dimension essentielle à la photographie : celle du témoignage de l’instant priviligié.

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Plus que l’instant décisif, c’est cela qu’il cherche : ce moment de grâce où l’échange s’établit tout à fait, ce moment magique – même s’il est fugitif – où la confiance est telle que l’image lui est offerte.

C’est ainsi qu’il a réalisé ses principaux reportages publiés par le Figaro Magazine, dans le cahier spécial Téléthon «Hymne à la vie», pour le cahier d’Eurêka consacré à la thérapie génique, pour Femme Actuelle aussi dont il est un des collaborateurs réguliers, pour Marie-Claire qui lui a demandé de suivre Madame Steinberg rescapée du Ghetto de Varsovie ou pour «la saga du génome en France» dans le premier numéro du National Geographic France.

C’est comme cela qu’il réalise aussi ses sujets favoris : le combat de Monsieur Paul, petit producteur de tabac dans le Lot, les jeunes travailleurs de Sarreguemines et d’Annemasse, ce plaidoyer contre la fermeture d’une école de campagne à Sommeval, ou Signes de vie série de portraits polyhandicapés publié dans le magazine Suisse Fémina et projeté à Visa pour l’Image 2000. C’est comme cela aussi qu’il aborde la commande du Ministère de la Culture dans le cadre de « Jeunesse en France » qui sera exposée à Perpignan durant le Festival Visa pour l’Image 2001.

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Depuis 1995 plusieurs expositions de ses travaux personnels ou commandes circulent à travers la France : « Arbres de vie» regard métaphorique sur l’arbre et la nature, «Soutenir, combattre, vivre» qui témoigne des difficultés de vie des handicapés moteurs et des différentes aides apportées par l’AFM (Association Française contre les Myopathies), «Lycée, égalité, fraternité» ou la vie quotidienne d’un lycée exemplaire qui se veut l’école de la citoyenneté de demain en permettant à des élèves valides et handicapés de vivre ensemble.

En 1998 avec «Verdun, 30 000 jours plus tard» il aborde une nouvelle recherche, plus plasticienne cette fois, sur les cicatrices du paysage martyrisé de sa ville d’enfance, rendant compte des errances de l’imaginaire face aux témoignages d’un drame historique sur lequel la terre semble refuser de se refermer.

Et s’il excelle à résoudre les difficultés d’une prise de vues, il veut intégrer la technique jusqu’à l’oublier et pouvoir tout entier poursuivre sa quête d’une image totalement sincère, dénuée d’effets de style, remarquable par son authenticité seule.

Une image qui ressemble au photographe.

Comme Robert Doisneau savait en faire, lui qui, dit Jacques Grison, l’accompagne sans cesse.

Francine Deroudille