Interview de Madame Flavia Prodi, femme du Président du Conseil Italien, et auteur avec lui d’un livre traduit récemment, La politique du cœur, Éd. Nouvelle Cité.

J.P. :

À un autre moment, vous parlez de vos étudiants à l’Université, et vous expliquez que lorsqu’il a fallu scolariser des jeunes handicapés, vos étudiants vous ont proposé de faire une classe à part…

Fl.P. :

Eh bien oui, parce qu’après des années et des années, on oublie parfois les conquêtes !

En Italie, il y a sûrement plus de vingt cinq ans, et peut-être même plus parce que quand mes enfants étaient petits c’était déjà comme ça, nous avons intégré tous les enfants handicapés à l’école normale. En Italie, nous n’avons pas d’écoles spéciales, de classes spécialisées. Il est évident aussi qu’il y a des formes de handicap très graves qui empêchent toute forme de scolarisation. Mais même les plus graves sont intégrés dans les classe primaires, au collège et même dans certaines classes de Lycées, avec le soutien de maîtres d’appoint ou d’enseignants spécialisés et, à mesure que l’enfant grandi, des programmes personnalisés. Mais de toutes façons, cela se passe à l’intérieur des mêmes murs.

De l’avis de ceux qui ont vécu cela, ces méthodes ont donné de très bons résultats d’apprentissages et surtout de très bons résultats de socialisation. Et puis cela a beaucoup appris aux autres enfants qui vivaient avec eux. Mes enfants ont vécu cette expérience et ont tiré beaucoup de choses à vivre avec d’autres qui ont de graves problèmes dû à un handicap ou à des difficultés familiales. Vivre avec qui a des difficultés, c’est peut-être un peu égoïste, apprend à celui qui n’en a pas.

La question que vous me posez à propos de cette jeune fille est intéressante : l’année dernière pendant un cours où j’expliquais toutes les difficultés qu’il y a eu pour faire tout ça, parce que tout n’est pas aussi simple, elle a levé la main et a dit : « Pourquoi ne fait-on pas des classes spéciales pour eux ? » Évidemment, pour nous il s’agit de luttes qui remontent à tellement d’années… Et les jeunes n’ont probablement pas le sens de cette lutte… Et c’est la raison pour laquelle il faut leur enseigner l’Histoire et aussi l’Histoire Sociale de leur pays.