Interview de Madame Flavia Prodi, femme du Président du Conseil Italien, et auteur avec lui d’un livre traduit récemment, La politique du cœur, Éd. Nouvelle Cité.

Fl.P. :

L’intégration sociale est vécue comme quelque chose d’important. C’est vrai que la solution que nous avons adopté pour les personnes handicapées peut nous amener à négliger les apprentissages très spécifiques. C’est sûr que pour les aveugles ou les sourds, il faut faire de gros investissements sur les techniques qui vont être données à ces personnes. Évidemment, il faut trouver un bon équilibre entre ces deux aspects. En Italie même, nous avons quelques critiques sur notre modèle Italien. Certains disent qu’on pourrait peut-être préparer mieux l’accès au travail si on renonçait à un peu d’intégration. Pourtant, il me semble que le modèle que nous avons choisi est encore celui qui aide le plus les personnes.

Alors dire la même chose de toute l’école, ça je ne saurais pas dire. C’est vrai que dans les années 70, nous avons donné beaucoup d’importance à l’intégration sociale. Mais avec la concurrence entre les pays aujourd’hui, les mises à niveau technologiques, le défi de la globalisation, on parle beaucoup au contraire de spécialisation et de préparation à l’excellence, mais c’est comme un mouvement de balancier, et suivant le niveau des pays, il y a qui va plus vers l’intégration ou plus vers la performance…

Pour moi l’école, même si elle doit se préoccuper de la concurrence et donc améliorer toutes ses activités, doit faire très attention de ne pas perdre le sens de la coopération, du travail coopératif, autrement, le jour où l’on va travailler, on peut créer des ambiances extrêmement conflictuelles.

Un de nos gros soucis à l’heure actuelle vient des rapports très difficiles qu’ont les gens au travail… C’est pourquoi il vaut mieux ne pas trop pousser à la compétition… même si c’est un peu nécessaire pour faire émerger les meilleurs, car là on risque de perdre non seulement la qualité de vie mais aussi une certaine efficacité à cause d’une concurrence effrénée…